Comme pour la reconstruction de la
Bosnie-Herzégovine, la Commission et la Banque mondiale
établissent, en liaison avec la BEI, les autres donateurs et les
IFIs, pour le Kosovo et les autres régions affectées par le
conflit, des plans d’ensemble a l’intérieur desquels les
divers instruments de soutien a la reconstruction et au
développement économique sont coordonnés.
I. Objet de la Conférence
Cette premiere Conférence des donateurs (organisée
par la Commission et la Banque mondiale) se concentrera sur quatre
points :
-
Les besoins immédiats liés au retour des
réfugiés.
Il
s’agit de compléter les financements pour les actions d’urgence
a caractere humnaitaire pour couvrir les prochains mois,
notamment cet hiver.
-
Les besoins liés a la reconstruction
« physique » du Kosovo.
A l’aide de l’évaluation
conduite pour le compte de la Commission européenne (rapport de
l’IMG), nous procéderons a une discussion sur l’ampleur des
dommages subis, notamment les logements et les infrastructures
locales et la façon dont cette évaluation devra etre traduite
en un programme d’investissement et de financement. A cette
occasion, nous souhaiterions procéder a un recensement des
actions en cours en vue de préparer une « pledging
conference » en octobre prochain sur la base d’un
plan d’ensemble de reconstruction du Kosovo.
-
Les besoins liés a l’établissement d’une
administration publique et le démarrage des services publics
,
notamment par l’intermédiaire du «Trust Fund » des
Nations Unies.
-
Les besoins pour relancer le développement économique du
Kosovo.
La Banque mondiale a élaboré un premier document
d’analyse.
II. La reconstruction du Kosovo.
En complément de l’aide humanitaire
apportée par ECHO (Euro 378 millions), une large part de la
reconstruction sera assumée par l’Union européenne au travers
du programme OBNOVA (terme serbo-croate signifiant
reconstruction).
La premiere estimation des besoins de
reconstruction « physique » (logement et
infrastructure de base) réalisée pour le compte de la Commission
vient d’etre remise par «l’International Management
Group ». Le rapport complet vous a été remis ce matin meme.
Ce rapport est concentré sur l’ampleur et le
cout de la réparation rapide des maisons et sur les
infrastructures locales de base pour permettre le retour de l’ensemble
des réfugiés avant le début de l’hiver. Il sera suivi d’un
rapport complémentaire dans quelques mois sur le cout global de
la reconstruction.
S’agissant des équipements scolaires, IMG
estime qu’ils ont souvent été pris délibérément pour cibles.
Beaucoup ont été pillés et brulés. Un bareme a été défini
pour leur réhabilitation en fonction des dégâts, de meme que
pour les installations sanitaires ; quelques dispensaires
restent encore en état de fonctionnement, mais pour des soins
élémentaires. Beaucoup de villages ont été privés d’électricité
pendant le conflit ; la réhabilitation des installations
électriques comprend plusieurs éléments : transformateurs,
câbles, raccords aux maisons, lignes a haute tension, ….En ce
qui concerne l’approvisionnement en eau, IMG n’a considéré
que le cout de reconstruction/réhabilitation des puits collectifs,
en fonction du nombre d’habitations desservies. S’agissant des
transports, IMG estime que les routes ont plus souffert du manque
d’entretien que des effets directs de la guerre ; 13 ponts
détruits ont été considérés (cout estimé de leur
reconstruction : euro 9 millions) ; la remise en état
de l’aéroport de Pristina est estimée a Euro 10 millions et
devrait etre réalisée dans les deux années a venir.
Les principales conclusions qui doivent nous
guider aujourd’hui sont les suivantes :
Sue les 206.150 maisons qui ont été
vérifiées dans 1400 villages, pres de 120.000 maisons sont
endommagées, dont plus d’un tiers gravement. Le cout total
estimé de leur réparation est de Euro 1,12 millards.
Sur ce total, une partie sera reconstruite par
les kosovars eux-memes, soit 25 a 30%. Les besoins financiers pour
la reconstruction physique (logements) seraienet alors de pres de
Euro 700 millions.
A cela s’ajoute une premiere estimation des
travaux a effectuer d’urgence sur les écoles (20 M Euro), les
dispensaires et hôpitaux (4M Euro), l’ électricité
rurale (9,6 M Euro) et le transport (31, 5 M Euro).
Soit un total de pres de 800 millions d’Euros
pour la reconstruction physique.
Les besoins fianciers d’ici la fin de l’année
1999 sont estimés a quelques 300 M Euros.
Ainsi, les besoins liés a la reconstruction
des logements devraient etre moins élevés que prévu. Les
besoins liés a la mise en état des infrastructures lourdes de
base restent cependant a déterminer sur base d’une analyse
économique approfondie. En revanche, l’absence d’institutions
qui n’avait pas été évalué a ce point aussi critique,
nécessitera un soutien financier tres important.
En effet, le Kosovo, ne possede aujourd’hui
aucune structure institutionnelle, les Kosovars eux-memes ne
savent quel modele suivre. Outre la question d’une autorité
politique légitime, la sécurité, au sens large, doit etre
améliorée et une structure administrative doit etre mise en
place. Le recrutement et la formation d’une police civile ont
débuté, un important soutien technique et financier est
toutefois nécessaire a cet égard. La structure administrative
est encore plus problématique ; des admistrateurs de
district (étrangers) ont été mis en fonction ce qui permet la
mise en place d’une administration de base d’ici l’automne.
La priorité est toutefois d’obtenir des experts de longue
durée (administrateurs nationaux) pour encadrer l’embryon d’administration
kosovare et la développer. La Commission, sur base de l’expérience
acquise en matiere d’appui aux collectivités locales et a l’adminstration
centrale des pays candidats d’Europe centrale et orientale (programme
de « jumelage ») fournira une assistance a cet effet.
III. Actions de reconstruction déja entreprises par l’Union
européenne
Pour cette année, la Commission a déja
mobilisé Euro 45 millions pour faire face aux besoins les plus
urgents. Une enveloppe supplémentaire de 92 millions est prévue
pour l’automne (en complément des Euros 378 millions alloués
par ECHO au titre de l’aide humanitaire).
L’agence pour la reconstruction sera l’instrument
de mise en ouvre du programme OBNOVA pour le Kosovo.
Ultérieurement, elle pourra etre mandatée pour exécuter les
programmes de reconstruction dans d’autres régions de la
République Fédérale de Yougoslavie selons les décisions
politique prises a cet égard (la Serbie en particulier),
notamment dans le cadre du Pacte de Stabilité. L’agence pourra
aussi exécuter des programmes d’autres donateurs. La Suisse, la
Turquie et le Japon nous ont déja approché a cet effet.
La Commission a constitué une Task Force
temporaire, qui préfigurera l’Agence et est opérationnelle a
Pristina depuis le début du mois de juillet.
Les premiers projets engagés comprennent :
-
La fourniture de matériaux pour la reconstruction des
habitations et de bâtiments publics : 14 M Euro.
-
Le soutien au fonctionnement des entreprises publiques :
9 M Euro
-
Le déminage : 4 M Euro
-
La restauration d’un Service des douanes : 3M Euro
Il permettra la perception des droits de douane qui alimenteront
le Budget de la région et restaurera la confiance dans l’administration
des frontieres de la région en vue d’encourager le retour des
derniers réfugiés.
-
La création d’emplois dans les villages et reconstruction
des bâtiments publics : 4.5 M Euro
Le soutien a l’emploi local dans les villages au travers de
petits travaux d’utilité collective (nettoyage, enlevement
des vestiges laissés par le conflit, déploiement des lignes
électriques, reconstruction des écoles, réparation des
routes,…).
-
De petites opérations de soutien d’urgence : 1M Euro
-
L’identification des dommages : 3.5 M Euro
-
Une assistance technique : 6 M Euro
-
La réhabilitation de l’hôpital de
Mitrovica, situé dans
une zone sensible ou sont représentées les entités serbes et
albanaises et qui comporte un personnel mixte. Sa restauration
et son administration deviendra rapidement une réalisation
significative de la volonté des deux communautés de travailler
ensemble.
Ces actions de reconstruction seront mises en
ouvre en coordination avec l’administration civile provisoire du
Kosovo opérée par l’UNMIK. J’ai d’ailleurs présenté ces
projets la semaine derniere au Haut représentant, M. Bernard
Kouchner, lors d’une mission a Pristina. A cette occasion,
nous avons également discuté des principes qui doivent orienter
notre action. En effet, le souci de la Commission est d’impliquer
le plus possible les habitants et expert locaux. Ainsi, les
matériaux seront obtenus dans toute la mesure du possible aupres
de fournisseur locaux et distribués par les Conseils municipaux.
Cette formule permet un développement économique local et d’encourager
les communautés a se rapprocher pour définir les bénéficiares
prioritaires et élaborer les plans de distribution. Il sera fait
appel aux ONG pour assurer un rôle de surveillance des projets.
Le Haut représentant a marqué son accord sur ce schéma d’intervention.
Une autre priorité est de monter rapidement
des mécanismes de crédit adaptés, tel que le crédit pour la
production agricolee et les micro-crédits en faveur des petites
entreprises. Il convient a cet égard d’aider le pays a
construire une économie adaptée a son environnement et a ses
possibilités.
Pour l’année prochaine, la Commission a
proposé d’engager un programme de Euro 500 millions. A cet
effet, nous avons demandé a l’UNMIK d’apporter des réponses
a un certain nombre de questions encore ouvertes telles que :
le type de budget qui sera mis en place par l’administration
provisoire du Kosovo, les sources de revenus attendus, le
type de salaires qui devront etre financés et les rapports avec l’administration
fédérale qui seront décidées. Cette situation montre bien l’importance
d’une aide sous forme de dons car on voit mal comment, en l’absence
d’un cadre institutionnel, on pourrait agir avec des prets.
IV. Développement économique futur du Kosovo
Pour le développement économique futur du
Kosovo, une série de questions doit etre élucidée concernant le
statut de la région du Kosovo et les caractéristiques de son
budget (administration internationale, régionale ou partagée
avec la République Fédérale de Yougoslavie). Des questions tres
concretes se posent telles que l’existence d’une réelle
capacité d’emprunt, d’une monnaie, d’une fiscalité ou d’un
systeme douanier autonome au sein de la République Fédérale de
Yougoslavie.
La Banque Mondiale présentera un premier
rapport a cet égard. A ce stade de l’analyse, il s’agit d’une
premiere tentative (non chiffrée) de stratégie qui comprend les
éléments suivants :
-
Relance de l’économie de l’économie rurale (y compris
la reconstruction des habitations rurales).
-
Relance des entreprises et du secteur privé
-
Reconstruction du réseau d’infrastructures
-
Reconstruction des centres urbains
-
Soutien aux institutions et assistance sociale
En conclusion, compte tenu d’incertitudes
tant sur les dommages que sur les besoins réels sur le futur
économique du Kosovo, cette premiere Conférence des donateurs s’inscrit
dans un processus permanent dont la prochaine étape sera le
Conférence de « pledging » d’octobre ou il sera
possible de distinguer les besoins de reconstruction
« physique », « d’institution building »
et de développement économique du Kosovo. Le tout sera transcrit
dans un plan d’ensemble sur lequel la Commission Européenne et
la Banque mondiale travaillent, précisant l’action de chacun
des acteurs.